BIOGRAPHIE ( 1939 - 2026 )

 

 Une poétique de la féminité, de la vie et des forces invisibles

Seyni Awa Camara, née vers 1939 à Diouwent près d’Oussouye en Casamance (Sénégal), fut une sculptrice autodidacte dont l’œuvre transcenda les codes traditionnels de la poterie.

Elle résidait dans le petit village de Bignona, où elle partageait une vie familiale simple.

En parallèle de son activité artistique, elle vendait des légumes sur une modeste table, poursuivant cette double occupation depuis plusieurs décennies dans sa maison au toit de tôle.

Héritière d’un savoir-faire transmis par sa mère, elle sut transformer un artisanat utilitaire en une expression artistique mystique et personnelle.

À travers ses sculptures, elle explora les thèmes universels de la féminité, de la maternité, de la fécondité et de la spiritualité animiste, tout en intégrant des éléments fascinants de sa vie personnelle et de son histoire.

Un mystère né dans la Forêt

La légende entourant Seyni Awa Camara commença par un événement mystérieux : sa disparition dans la forêt avec ses jumeaux.

Les traditions Diola, profondément enracinées dans la spiritualité animiste, perçoivent les naissances gémellaires avec ambivalence, les associant au monde animal.

Pendant quatre mois, elle resta introuvable, avant de réapparaître au village avec ses jumeaux et une poterie en main, comme un témoignage de sa transformation.

Cependant, cette légende masquait une réalité poignante : Seyni Awa Camara n’a jamais eu d’enfants biologiques.
Les enfants mentionnés dans son histoire étaient ceux de ses maris, qu’elle éleva comme les siens.
Sa maternité, vécue à travers l’art, devint alors une expression sublimée, une réponse symbolique aux douleurs et à l’absence qu’elle avait ressenties.


La féminité et la maternité : Une source inépuisable d’inspiration

Les figures féminines dans l’œuvre de Seyni Awa Camara sont monumentales, proliférantes et énigmatiques.

Elles portent des ventres bombés, des seins multiples et des grappes d’enfants, symbolisant une maternité à la fois puissante et écrasante.

Ces formes traduisent les épreuves personnelles de l’artiste : mariée à l’âge de 15 ans, elle connut plusieurs unions marquées par la douleur et l’épreuve de ne pas avoir donné naissance.

Sa santé fragile et les traditions rigides de son milieu la conduisirent à être renvoyée dans sa famille après ses premières unions.

C’est avec son dernier mari, Samba Diallo, qu’elle trouva un soutien essentiel.
Décédé en 2004, il joua un rôle de médiateur entre l’artiste et le monde extérieur, permettant à Seyni de renouer avec la poterie et d’affirmer son identité artistique.

Dans un contexte où la mise au monde d’un enfant vivant est cruciale pour le statut social d’une femme, Seyni Awa Camara dépassa cette réalité en utilisant l’art pour explorer la maternité sous toutes ses formes : biologique, spirituelle et universelle.

L’argile et l’animisme : Une fusion mystique

Dans la culture Diola, l’argile est un matériau vivant, intrinsèquement lié à la terre et à l’eau. Seyni Awa Camara conféra à cette matière une dimension sacrée, la transformant en figures animées par des forces spirituelles.

Sa pratique artistique était guidée par des règles spirituelles strictes, qu’elle associait à une corne fétiche, qu’elle décrivait comme la source de son inspiration.

Ses œuvres, qu’il s’agisse de figures féminines ou de bestiaires fantastiques, semblaient habitées, comme si elles avaient émergé d’un univers parallèle où le tangible rencontrait l’immatériel.

Les grenouilles et les crapauds, récurrents dans ses œuvres, symbolisaient ce lien profond avec l’eau et l’argile. Ces animaux, tout comme ses lions, girafes, chats, chiens, ânes et singes, n’étaient pas de simples représentations : ils incarnaient des forces invisibles, des esprits habitant son univers créatif.

Une création intuitive et mystique

Le processus créatif de Seyni Awa Camara était profondément imprégné de spiritualité. L’artiste affirmait être guidée par une corne de bœuf sacrifiée lors d’un événement marquant de sa vie.

Selon la légende, cette corne, associée à un génie protecteur, lui transmettait les directives nécessaires pour façonner ses œuvres.

Elle la consultait pour décider du moment et de la manière de travailler l’argile.

« Ma corne est mon génie, mon Dieu. Elle me dit ce qu’elle veut comme poterie », confiait-elle.

Ce génie fixait également les prix de ses sculptures, répartissait les revenus pour des œuvres de charité ou des sacrifices rituels, et imposait des interdictions strictes : Seyni ne travaillait jamais les lundis, jeudis et vendredis.

Cette relation mystique entre l’artiste et son génie conférait à son processus créatif une dimension unique.

Chaque pièce semblait naître d’une impulsion divine, faisant de Seyni non seulement une sculptrice, mais aussi une médiatrice entre le monde visible et invisible.

Un parcours international et intemporel

Malgré son isolement, l’art de Seyni Awa Camara atteignit une reconnaissance internationale.

Découverte dans les années 1980 par l’anthropologue Michèle Odéyé-Finzi, elle fut exposée dans des institutions et galeries prestigieuses du monde entier : la Fondation Louis Vuitton à Paris, le Musée Guggenheim à Bilbao, ou encore la Biennale 2024 à Dakar mise à l’honneur par la Galerie ADAM.

 Une poétique de l’engendrement et de la résilience

Seyni Awa Camara fut bien plus qu’une sculptrice : une visionnaire, une conteuse utilisant l’argile pour raconter les histoires de la féminité, de la vie et des forces invisibles.

Ses sculptures, ancrées dans la terre et nourries par le feu, incarnèrent une force vitale universelle.

Elles témoignent de la résilience d’une femme qui, à travers son art, dépassa les tabous culturels et les limites de sa condition pour inventer un monde où la maternité, la fécondité et la spiritualité sont célébrées dans toute leur complexité.

Dans ses œuvres, Seyni Awa Camara transcenda les frontières entre l’humain et le divin, entre le visible et l’invisible.

Elle rappelle que la création, qu’elle soit artistique ou symbolique, est à la fois un acte de défi et un hommage à la vie elle-même.

 

 

EXPOSITIONS PERSONNELLES

 

2025 AKAA Fair avec Galerie ADAM , Dakar , SN

2024  Shaping spirits, Baronian, Bruxelles, BE
           Art basel  Magnin A, Paris ,FR

2023 Nino Mier Gallery, New York, NY, US

2022 Galerie ADAM , biennale DAKAR (SN)

          Art Bruxelles avec Baronian, Bruxelles (BE)

2020 Maternités, Baronian Xippas, Bruxelles, BE

2011 Seyni Awa Camara entre les éléments, Galeria Kalao, Bilbao, ES

2010 El Vientre de la Tierra, Galeria Kalao, Bilbao, ES

2008 Seyni Awa Camara – Terracotas, Galeria Kalao, Bilbao, ES

2007 Galerie Nathalie Fiks, Paris, FR

2004 De Crescenzo & Viesti, Rome, IT

1990 Galerie 39, Dakar, SN

EXPOSITIONS DE GROUPE

2025  AKAA Fair 2025 – Octobre 23 à 26 – Carreau du Temple, PARIS – Galerie Marion CHAUVY
            Ancestral metamorphosis – Janvier 2025 – Black Liquid Art Gallery – ROME (IT )​

2024  Biennale DAKAR 2024 SN – Galerie ADAM – Dakar (SN)
            Pouvoirs de la terre -Galerie Marion CHAUVY – Paris (FR )
           AKAA 2024 – Galerie Marion  CHAUVY – Paris ( FR)
           In Schitterend Licht, Wereldmuseum, Leiden (NL)
           Seyni Awa Camara – John McAllister, Sculpting Earth, Painting Sensations, AlmineRech, Paris (FR)
          LES AMI·ES DE MES AMI·ES, Art et Marges Museum, Brussels (BE)

2023 Sub Terra, Maison des Arts, Bruxelles (BE)

           Keramik, Buchmann Galerie, Berlin (DE)
           Louise Bourgeois. Conversations imaginaires, Le Musée national, Oslo (NO)
           Été à Knokke, Baronian, Knokke (BE)
           Rien n’est permanent, Parliament Galerie, Paris (FR)

2022  Michael Armitage Amongst the Living, with Seyni Awa Camara, White Cube Bermondsey, London, UK 

           Les restes du bruit, Seyni Awa Camara & Estevão Mucavele, MAGNIN-A, Paris, FR
           Tot hier en verder, Museum Voorlinden, Wassenaar, NL
           Biennale d’art contemporain Anozero-Coimbra (PT)

2021 Radically Naïve / Naively Radical, ExtraCity, Antwerp, BE

          Seyni Awa Camara / Olaf Holzapfel, Baronian Xippas, Knokke-Heist, BE
          Ex Africa, Musée du Quai Branly Jacques Chirac, Paris, FR

2020  Alpha Crucis, Musée Astrup Fearnley, Oslo, NO

2017  Art/Afrique: le nouvel atelier_Les Initiés: selection d’oeuvres (1980-2009) de la collection d’art contemporain africain Pigozzi, Fondation Louis Vuitton, Paris, 

2016 Galeristes, Carreau du temple, ParisFR

2010 Africa? Una nuova storia, Complesso del Vittoriano, Rome, IT

2005  Arts of Africa, Grimaldi Forum, Monaco, FR

           African Art Now: Masterpieces from the Jean Pigozzi Collection, Museum of Fine Art,Houston, TX, US

2001 Rocca di Umbertide, Contemporary Art Center, Umbertide, IT Biennale de Venezia, 29th Edition, Venice, IT

2000 Il Ritorno Die Maghi, Orvieto, IT

1991 Senegal, Galerie des Instituts Für Auslandsbeziehungen Landesmuseum, Oldenburger Kunstverein, Oldenburg, DE

1989 Magiciens de la Terre, Centre Georges Pompidou, La Grande Halle de la Villette, Paris (FR)         

bibliographie

2022   Seyni Awa Camara, Galerie Baronian, publication à l’occasion de Art Brussels

2021   Philippe Dagen, Ex Africa, exh. cat., Paris, Gallimard

            Louise Bourgeois, “I respect, like, and enjoy Camara”, Woman Paper, limited edition Something We Africans Got & Fiac, Paris

2011  Seyni Awa Camara: Entre los Elementos – Entre les Eléments, exh. cat. and DVD (Bilbao: Galeria Kalao)

2007  André Magnin, Why Africa?, exh. cat. (Milaan: Electa & Pinacoteca del Lingott Giovanni e Marella Agnelli)

2006  Jean Pigozzi and André Magnin, 100% Africa, exh. cat. (Madrid & Bilbao: TF Editores & Museo Guggenheim Bilbao)

2005  Douglas Herbert, Arts of Africa: The Contemporary Collection of Jean Pigozzi, exh. cat. (Genève & Monaco: Skira & Grimaldi)

           André Magnin, African Art Now: Masterpieces from the Jean Pigozzi Collection, exh. cat. (London & Houston: Merrell & Museum of Fine Arts Houson)

2001  Valerio Dehò, Tribal Soul, Metropolitan Body. Contemporary African Art / Animatribale, corpo metropolitano : arte Africana contemporanea (Bologna:                                                 Enrico Mascelloni, ‘Seni Awa Camara’, in Regine d’Africa, exh. cat. (Verona: Adriano Parise), see pp.31-58.

1996 Louise Bourgeois, ‘Seni Awa Camara’, in Contemporary Art of Africa (New York: Harry N. Abrams), see pp.54-57.

1994 Michèle Odeyé-Finzi, Solitude d’Argile. Légende autour d’une vie, sculptures de Seyni-Awa (Parijs: L’Harmattan)

1991 André Magnin, Africa Hoy: Obras de la Contemporary African Art Collection, exh. cat. (Las Palmas de Gran Canaria: Centro Atlántico de Arte Moderno)

1989 Jean-Hubert Martin et al., Magiciens de la Terre, exh. cat. (Parijs: Editions du Centre Pompidou), see pp. 112-113.

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